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Section CFDT Crédit Agricole  Sud Méditerranée

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[Environnement] La lourde empreinte du digital

[Environnement] La lourde empreinte du digital

 

Faut-il remplacer le papier par des supports électroniques au nom de la protection de l’environnement ? Pas si sûr. L’impact environnemental du numérique est beaucoup plus élevé qu’on ne le croit, et un PDF n’est pas forcément plus écologique qu’un journal imprimé.

[Environnement] La lourde empreinte du digital

L’explosion des usages et la multiplication effrénée des équipements numériques ont un impact environnemental et social incompatible avec les objectifs de réduction des émissions de CO2. À l’instar de nombreuses associations, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, devenue Agence de la transition écologique en juin 2020) sonne l’alarme : le secteur numérique consomme 5,5 % de l’électricité mondiale (rapport :La Face cachée du numérique, 2019).

Pour Greenpeace, la consommation mondiale de streaming vidéo (VOD, clips musicaux, etc.) émettrait chaque année quelque 300 millions de tonnes de CO2, soit une pollution numérique équivalente à celle d’un pays comme l’Espagne. Montrés du doigt, les géants du numérique commencent donc à communiquer sur leurs intentions durables.

Apple annonçait en 2018 que tous ses sites étaient alimentés à 100 % grâce aux énergies renouvelables, Facebook a publié le 8 juillet dernier un premier rapport sur son engagement pour le climat. Le groupe américain y affirme avoir réduit de 59 % ses émissions de gaz à effet de serre depuis 2017.

L’électricité produite à partir d’une énergie renouvelable a aussi des impacts sur l’environnement : le photovoltaïque ou l’éolien consomment des matières premières non renouvelables.

Le réseau social annonce également qu’il a déjà recours à 86 % d’énergies renouvelables pour ses activités et vise 100 % dès la fin 2020. Or l’électricité produite à partir d’une énergie renouvelable a aussi des impacts sur l’environnement : le photovoltaïque ou l’éolien consomment des matières premières non renouvelables et des métaux rares. Comme l’explique Frédéric Bordage, du collectif d’experts GreenIT.fr (lire ci-dessous) : « C’est vraiment la feuille de l’arbre qui cache la forêt car, dans le même temps, Facebook développe des logiciels qui rendent son utilisation complètement addictive. Au total, ce sont des milliards d’heures de connexion en plus chaque année. L’électricité qui laisse le moins d’impact sur l’environnement est celle que l’on ne consomme pas. »

Des produits gourmands en énergie

« Il faut avoir en tête que pour réaliser des opérations identiques, les logiciels actuels demandent beaucoup plus de puissance qu’il y a quelques années », fait remarquer à son tour Adèle Chasson, responsable des affaires publiques pour l’association Halte à l’obsolescence programmée, qui lutte notamment contre le développement de ces « obésiciels ».

« Nous demandons de nouvelles règles pour les mises à jour imposées par le fabricant au consommateur : utiles pour pallier les failles de sécurité d’un ordinateur ou d’un smartphone, elles génèrent à chaque fois de nouvelles fonctionnalités plus consommatrices en ressources (mémoire vive, processeur, espace de stockage, etc.) et dont on n’a pas forcément besoin ! Il faudrait dissocier celles qui ont une action de sauvegarde des autres qui imposent une surconsommation inutile, augmentent l’empreinte environnementale du numérique en accélérant l’obsolescence des équipements. »

Les déchets électriques et électroniques sont très peu collectés
et, lorsqu’ils le sont, ne sont pas recyclés.

Toujours plus de matières

Il n’y a pas d’économie circulaire dans ce domaine puisque l’or utilisé pour un microprocesseur ne peut pas servir à en fabriquer un nouveau. Il faut donc extraire sans cesse toujours plus de matières vierges non renouvelables (métaux précieux et terres rares).Outre l’électricité, le numérique consomme beaucoup de matières premières. « Paradoxalement, plus on dématérialise, plus on utilise de matières », note l’Ademe : pour la fabrication d’un ordinateur de 2 kg, il faut 800 kg de matières premières, 500 kg pour une box internet. Or les déchets électriques et électroniques sont très peu collectés et, lorsqu’ils le sont, ne sont pas recyclés.

Tandis qu’un Français génère en moyenne 22 kg de déchets électriques et électroniques par an (source : Ademe), aucune réglementation n’impose de collecte ni de consigne en vue d’un réemploi après réparation ou reconditionnement. Au contraire, les consommateurs sont bombardés de publicités incitatives pour renouveler leur matériel.

En France, la durée de vie d’un smartphone est de vingt-trois mois seulement ! (Source : Kantar Worldpanel). « On n’a pas peur de rouler à 130 km/heure sur l’autoroute avec nos enfants dans une voiture d’occasion, on a peur d’utiliser un smartphone reconditionné qui ne comporte aucun risque vital… », analyse Frédéric Bordage.

« De plus, à bas coût, la main-d’œuvre qui fabrique des équipements numériques est plus “rentable” que la main-d’œuvre de réparation », ajoute Adèle Chasson. Enfin, le coût social du numérique pose lui aussi question : Amnesty International dénonce depuis plusieurs années les atteintes aux droits humains des chaînes d’approvisionnement des fabricants, comme le parcours du cobalt utilisé dans les batteries de smartphones, depuis des mines où enfants et adultes travaillent dans des conditions indignes.

cnillus@cfdt.fr

[ENTRETIEN]

“Il est absurde d’opposer numérique et papier”

FredericBordage DR2019Frédéric Bordage est fondateur de Green it, collectif d’experts européens du numérique responsable.

Comment comparer les différents supports, papier et numérique, d’un point de vue écologique ?

Il faut développer, comme nous l’avons fait au sein de GreenIT.fr, une vision complète de leurs impacts environnementaux en tenant compte de plusieurs indicateurs, dont les quatre suivants : les tensions sur l’énergie primaire (combien d’énergie au total pour fabriquer et imprimer un magazine ou pour concevoir et lire une page web) ; les tensions sur l’eau (une ressource importante pour la fabrication du papier mais aussi pour produire des kWh électriques) ; l’épuisement des ressources abiotiques (ressources naturelles finies que le numérique détruit) tandis que le papier utilise une ressource renouvelable (les arbres) et, pour finir, les émissions de gaz à effet de serre qui entraînent un réchauffement global induisant à son tour un dérèglement des climats locaux.

Quel est le critère le plus impactant ?

Le gros des impacts du numérique est associé à l’extraction des minerais et leur transformation en composants électroniques (microprocesseurs, disques durs, écrans) : des milliards de mètres cubes de terre sont brassés à grands coups de pelleteuse, suivis d’autres opérations de raffinage et de sidérurgie. En France, l’empreinte numérique représente environ 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre : c’est le double des émissions liées au transport aérien intérieur. Sachant que 80 % de ces émissions sont importées, car nos équipements sont fabriqués à l’étranger.

Comment choisir un support plutôt qu’un autre ?

Le problème n’est pas le support mais le modèle que l’on souhaite. Le modèle d’avenir, le plus durable, c’est la bibliothèque. Il n’y a pas de modèle plus performant sur le plan environnemental que la bibliothèque qui contient des supports papier et maximise leur taux d’utilisation. La tablette partagée ou le prêt d’e-book réduit aussi l’impact environnemental du numérique. Mais cela ne sert à rien de les opposer, il faut procéder à l’analyse comparée de tous les critères pour comprendre s’il vaut mieux couper des arbres ou brûler du gasoil pour extraire des minerais et fabriquer des équipements numériques.

Propos recueillis par cnillus@cfdt.fr

C’est l’usage qui compte

Comme chacun sait, l’industrie papetière consomme des millions de tonnes de bois. Mais, en France, ce dernier est essentiellement issu des coupes d’entretien pratiquées en forêt et des chutes du sciage. Bien que les normes environnementales ne soient pas équivalentes d’un pays à l’autre, pour WWF France, utiliser le bois de forêts écoresponsables augmente le potentiel écologique de ce support par rapport au numérique. Plusieurs labels garantissent déjà l’utilisation de fibres recyclées ou de fibres issues de bois de forêts gérées durablement : les deux plus connus sont le Forest Stewardship Council (FSC) et le Blue Angel.

C’est aussi grâce à son cycle de vie que le papier est plus performant : il peut se recycler en moyenne cinq fois. Enfin, il demeure le support de stockage le plus sûr et le moins énergivore. D’autres critères, comme le temps passé sur un support, feront du papier un support plus écolo que l’e-mail ou le PDF.

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