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Section CFDT Crédit Agricole  Sud Méditerranée

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[Dossier Pouvoir d’achat] Une crise d’une ampleur inégalée

 

[Dossier Pouvoir d’achat] Une crise d’une ampleur inégalée

Commencée en fanfare, l’année 2020 s’est rapidement transformée en cauchemar sanitaire et économique. Pour l’affronter, tous les outils doivent être mobilisés afin de passer cette crise sans précédent et préparer la reprise.

Moins 10 %. Le recul du PIB, estimé par l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) pour l’année 2020 dans son baromètre d’octobre, confirme ce que tout le monde a en tête. La crise sanitaire, qui a conduit à un confinement de près de deux mois (du 17 mars au 11 mai), a mis aux abois l’économie française. Même si l’été a été moins catastrophique que prévu, des pans entiers de l’activité restent sinistrés, et la reprise du virus dès septembre laisse planer de nombreuses incertitudes. Dès lors, comment limiter les répercussions d’un tel trou d’air pour la population française ?

D’un point de vue économique, le gouvernement a fait le choix de l’endettement, en menant une politique volontariste en direction des entreprises. Une politique de l’offre assumée, qui s’est traduite par un plan de relance présenté le 3 septembre dernier visant à « retrouver en 2022 le niveau d’activité d’avant la crise ». D’un montant estimé à 100 milliards d’euros (dont 40 milliards issus de fonds européens), ce plan devrait s’étaler sur plusieurs années et cibler des secteurs d’avenir, afin d’accompagner la transition économique et écologique du pays.

À cela s’ajoutent des aides massives en direction des secteurs les plus touchés, notamment avec le chômage partiel, qui doit permettre aux entreprises de surmonter la crise tout en préservant l’emploi et les compétences.

Les inégalités au sein de la société vont se creuser

Relativement consensuelle, cette politique macroéconomique ne dit rien, en revanche, du risque de creusement des inégalités dans la société. Et les fractures sont multiples entre les personnes qui sont et resteront en activité et verront, au pire, leur pouvoir d’achat stagner ; les personnes au chômage partiel, qui verront leur pouvoir d’achat amputé ; les personnes qui vont se retrouver au chômage, indemnisées ; les personnes en détresse, privées des petits jobs qui leur permettaient déjà difficilement de joindre les deux bouts ; et, enfin, les personnes de plus en plus nombreuses qui commencent à perdre pied et se tournent vers les associations pour s’habiller ou se nourrir.

Si les marges de manœuvre seront certainement faibles, les négociations à venir seront d’autant plus importantes.

Selon la CFDT, il ne s’agit pas de nier que le gouvernement a pris des mesures pour parer au plus pressé mais force est de constater que les efforts devant limiter la montée de la pauvreté ne sont pas à la hauteur. L’exécutif reste inflexible sur son refus d’élargir le RSA aux moins de 25 ans.

« La crise de 2009 nous a montré que l’augmentation du chômage n’avait pas un effet automatique sur le niveau des rémunérations et sur le pouvoir d’achat, explique Pierre Lamblin, directeur du département des études à l’Apec (Association pour l’emploi des cadres). Les moyennes sont donc trompeuses. Les personnes le plus durement touchées sont celles qui ont perdu ou vont perdre leur emploi et les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. »

Dans ce contexte difficile, la solidarité doit également se décliner dans les entreprises et les administrations. Les élus CFDT souhaitent se faire entendre en ce sens. Si les marges de manœuvre seront certainement faibles, les négociations à venir seront d’autant plus importantes. Un accord de chômage partiel de longue durée peut sauver des emplois et assurer une meilleure indemnisation des salariés, une prime pour les bas salaires peut faire la différence, comme un coup de pouce fléché sur les contrats précaires ou les métiers les moins valorisés dans l’entreprise, ces derniers étant majoritairement féminins.

Dans cette optique, la CFDT réclame également que les aides accordées aux entreprises soient conditionnées à un accord des élus du personnel. Qui mieux que les représentants des salariés pour s’assurer de la bonne utilisation de cet argent public et vérifier que l’emploi reste au cœur des préoccupations ? Relancer l’activité pour sortir au plus vite de la crise n’est pas une fin en soi. Cela doit s’accompagner d’une plus grande redistribution des richesses pour atténuer les effets d’une crise dont on ne sortira pas du jour au lendemain.

jcitron@cfdt.fr

©Photo Marta Nascimento / RÉA – P&R Photographie – P. Barthès pour L’Addage

[ENTRETIEN]

“Aider les plus démunis et stimuler l’économie”

JGautie2017a DRJérôme Gautié, Professeur des sciences économiques à l’université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne*.

Comment résumer l’ampleur de la crise ?

Il est difficile de faire des projections, d’autant que la situation sanitaire reste encore incertaine. Selon les prévisions du gouvernement, le PIB de la France pourrait baisser de 10 % en 2020 et le rebond serait de 8 % en 2021.

En partant de ces données, on peut dire qu’à la fin de l’année prochaine on ne sera pas encore revenu à la situation d’avant Covid. Nous aurons un déficit de trois points de PIB alors même que les 8% de croissance attendue sont plutôt un scénario optimiste car nous n’avons jamais eu une telle croissance.

Par comparaison, en 2009, le PIB avait reculé de 2,6 %, et c’était la pire récession que le pays a connue depuis l’après-guerre. L’économie française a mis dix ans pour effacer la crise de 2009 mais, heureusement, cela pourrait aller plus vite cette fois-ci. L’histoire n’est pas écrite.

Quel sera l’impact sur les Français ?

L’impact pour les Français sera très différent en fonction des situations personnelles, mais il est probable que les salaires n’augmenteront pas, ou très peu, et que les primes de participation et d’intéressement seront, dans la plupart des cas, faibles voire nulles. Plus grave, le chômage restera élevé en 2021 et il faudra prendre des mesures fortes pour aider une partie de la population à passer cette crise.

Quelles mesures faudrait-il prendre selon vous ?

Je pense que la période nécessite de faire un effort important en direction des personnes qui sont ou seront exclues du marché du travail. Alors que des dispositifs comme le chômage partiel ou, plus classiquement, le Smic et la prime d’activité permettent de limiter la perte de pouvoir d’achat des salariés modestes, il y a une urgence sociale à venir en aide aux Français qui, avant la crise, évoluaient dans une zone grise, cumulant des petits boulots, déclarés ou non, et qui se retrouvent aujourd’hui sans emploi.

La question spécifique des étudiants qui peinent à trouver un job pour financer leurs études et qui se retrouvent, par conséquent, en situation de grande précarité financière est également à prendre en compte.

Quelle forme pourraient prendre ces aides ?

Étant donnée l’urgence sociale, je suis plutôt partisan d’une mesure forte, comme un chèque, qui permettrait aux populations fragiles de subvenir à leurs besoins. Dans la période, je ne pense pas qu’il soit judicieux d’augmenter fortement le Smic pour soutenir les revenus, car cela ne concernerait que ceux ou celles qui ont pu garder leur emploi et, surtout, étant donnée la conjoncture actuelle, cela fragiliserait beaucoup d’entreprises et notamment les plus petites d’entre elles – il faut garder en tête que presque un quart des salariés des entreprises de moins de dix salariés sont au Smic.

Le salaire minimum n’est pas un outil pour lutter contre une crise conjoncturelle mais un outil structurant sur le long terme. L’augmentation des minima sociaux soulève également des questions. S’il s’agit de donner un coup de pouce d’ampleur limitée, cela ne sera pas suffisant pour venir en aide aux populations en détresse ; s’il s’agit de les revaloriser très fortement, on parle alors d’une réforme structurelle pérenne aux effets potentiels, dont il faudrait discuter, et qui va peser lourdement (notamment en ce qui concerne le RSA) sur les finances publiques des départements. Cela relève aussi d’une autre logique que l’intervention d’urgence. C’est pourquoi le chèque me semble un instrument adapté : une forme de prime exceptionnelle qui correspond à une période exceptionnelle.

Comment définir le montant de ce chèque et la population visée ?

Je n’ai pas travaillé précisément sur le mécanisme qui pourrait être mis en œuvre. Tout ce que je peux dire, c’est que l’enjeu sera de bien cibler les bénéficiaires afin d’avoir un impact maximal en matière de redistribution, mais aussi, dans une perspective plus macroéconomique, en matière de relance de l’économie. Les États-Unis ont utilisé ce type d’outil (des stimulus checks, dans le cadre du Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security [CARES] Act, adopté en mars 2020). Une étude, qui vient d’être publiée, montre que seuls 40 % des ménages bénéficiaires ont dépensé presque intégralement cet argent ; 20 % s’en sont servis pour, avant tout, se désendetter, et enfin 20 % l’ont presque intégralement épargné (les 20 % restants faisant un mix).

Au total, plus du quart de l’argent versé a été épargné. C’est une perte en matière de stimulation de l’économie. Il faut cibler au maximum l’aide afin qu’elle serve aux plus démunis et qu’en même temps elle stimule l’économie.

Propos recueillis par jcitron@cfdt.fr

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