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Petits arrangements avec les chiffres : un DRH nous raconte les coulisses du calcul de l'index de l'égalité

Alors que les entreprises de plus de 50 salariés doivent publier à partir de ce lundi leur note en matière d'égalité professionnelle, les organisations syndicales dénoncent l’opacité qui règne autour de ces chiffres. Des sociétés seraient tentées de gonfler leur index artificiellement. Certains DRH confirment.

Petits arrangements avec les chiffres : un DRH nous raconte les coulisses du calcul de l'index de l'égalité

"En général, on reste discret lorsqu'on fait ça. Vous ne trouverez pas d'entreprise qui vous le dira ouvertement, mais pour certains, c'est presque considéré comme une habileté !" lâche Philippe*, Directeur des Ressources Humaines dans une société de 120 salariés dans le secteur du textile. Il a accepté de nous parler du calcul de l'index de l'égalité professionnelle, une note sur 100, comprenant 5 indicateurs : égalité salariale, augmentations, promotions, retours de congé maternité et la part des femmes dans les plus hautes rémunérations. 

Jouer sur les effectifs de salariés qui sont pris en compte 

 

"Il est relativement simple de corriger son indice en jouant sur les effectifs pris en compte", explique ce DRH. "Comme cet outil est nouveau et qu'il arrive, dans certaines entreprises, qu'on ne puisse pas comparer les femmes et les hommes dans certaines catégories de salariés, notamment s'ils sont trop peu nombreux, il existe une souplesse sur le périmètre du calcul. Or, cette souplesse, et cette marge d'interprétation vont permettre à certains de tester plusieurs calculs pour éviter d'être sous la barre des 75 points. Miraculeusement, en excluant tels ou tels salariés, vous aller avoir une meilleure note à l'index !"

Vous ne pourrez pas transformer un 0 en 100. Mais vous pourrez très facilement transformer un 73 en un 78 avec cette méthode. D'autant que c'est purement déclaratif. Je ne connais personne qui ait été contrôlé sur le calcul de l'index de l'égalité.

Si ce DRH précise ne pas tricher lui-même et ne pas vouloir mettre tout le monde dans le même sac, il insiste : "La possibilité existe. Tout le monde sait qu'il y a un flou et que ce flou peut être exploité. Des gens qui vous disent qu'il vont corriger les chiffres, mais que c'est seulement pour une année. Et comme le contrôle du calcul est assez complexe, il y a très peu de chance que cela se sache. Même les syndicats en interne, en général, ne peuvent pas identifier le problème."

Le langage des chiffres a ceci de commun avec celui des fleurs : on peut lui faire dire ce qu'on veut.

En somme : "Vous avez un nouveau thermomètre, mais que l'on peut tenir dans sa main pour faire remonter le résultat de quelques degrés. Et ça pose clairement un problème de confiance, sur un sujet crucial", conclut Philippe.

Plus de transparence ?

 

Trois ans après la mise en place de ce nouvel outil, les partenaires sociaux réclament d'ailleurs des ajustements et plus de transparence. Béatrice Lestic est secrétaire nationale, en charge des questions d'égalité, à la CFDT : "Il faut que les syndicats dans les entreprises puissent avoir accès au détail du calcul. Pas seulement au détail de la note ! Car l'index et sa méthodologie peuvent avoir pour effet d'invisibiliser certaines inégalités. Or le dialogue social sur ce sujet est très variable d'une société à l'autre."

Béatrice Lestic va même plus loin :

On constate que l'immense majorité des entreprises a de bonnes notes, voire de très bonnes notes, au dessus de 90 points sur 100. Alors que l'on sait qu'en France les écarts de salaires entre les femmes et les hommes tournent autour de 25%. Il faut que l'on analyse sérieusement les raisons de ce hiatus.

La CFDT, comme d'autres confédérations syndicales, fait sienne également une proposition du think tank Terra Nova. Elle propose de rajouter dans l'index un indicateur : celui de la part des femmes dans les plus basses rémunérations des entreprises. 

Au total, selon la Direction générale du Travail, 8 000 contrôles ont été menés l’an dernier sur l’égalité professionnelle. Mais ils concernent le plus souvent la simple obligation de publication de la note de l'entreprise, et l'existence ou non d'un accord sur l'égalité professionnelle. Entre 2019 et 2020, le nombre de grosses entreprises (plus de 1 000 salariés) sous la barre des 75 points est passé de 17% à 4%. Les notes devraient être accessibles cette année sur le site du ministère du Travail et les entreprises bientôt obligées de publier le détail de leur note (mais pas le calcul qui a conduit à ces résultats !).

Pour la première année, les entreprises de plus de 250 salariés (sous la barre des 75 points depuis 3 ans) pourraient être amenées à être sanctionnées financièrement. Des sanctions qui peuvent jusqu'à 1% de la masse salariale de l'entreprise. Le gouvernement devrait communiquer sur ce sujet dans les jours qui viennent. 

*Le prénom a été modifié

www.franceinter.fr

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